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Publié par Point de Vue Incorrect

Je suis allé au cinéma hier et j'ai vu « Le Capital », film avec Gad Elmaleh qui joue fort bien son rôle de banquier, à croire qu'il le soit réellement. Cela ne m'a bien entendu pas réconcilié avec ce milieu et m'a confirmé qu'il vaut beaucoup mieux de faire un bon dessin qu'un long discours... En quelques dizaines de minutes, Costa-Gavras a su démonter et expliquer le fonctionnement de ces gens qui n'ont plus d'humain que les apparences...

 

le-capital.jpg

 

Bien sur, ce film aura bien moins de succès que des Astérix ou des Terminators. Cela ne lui retire en rien ses qualités éducatives sur la fonction bancaire et sur les mœurs, un peu spéciales, de ses intervenants. Quand un spectateur, qui ne connaît absolument rien à ce monde, assiste à une de ces séances, j'imagine qu'il en ressort quelque peu troublé par ce qu'il vient d'apprendre. Bien entendu, toutes les personnes qui l'ont vu peuvent, et c'est leur droit le plus strict, ne pas croire que les mécanismes dénoncés soient réels et utilisés quotidiennement par nos banquiers chéris. Mais, ils en ressortiront néanmoins quelque peu ébranlés par le réalisme de ce film. En fait de réalisme, il s'agit purement et simplement de la vraie vie d'une banque, hormis bien évidemment de la romance de Gad et de son comportement qui par moment, mais par moment seulement, semble retrouver une éthique saine. Les pièges qui se trament entre ces gens de bonne compagnie, en apparence, sont, eux aussi, bien réels. La conclusion du héros en fin de séance est, elle aussi, empreinte d'une totale réalité. Tous ces messieurs en-cravatés et tirés à quatre épingles, pour se parer d'un sérieux qu'ils n'ont pas, ne sont que joueurs, ils s'amusent et tentent de se montrer plus habiles, plus malins, plus pervers que leurs adversaires. Mais ce triste jeu ne leur coûte rien, au pire la perte de leur job, mais ce n'est rien au regard de ce que perd le public que nous sommes et qui paye les additions que ces voleurs et tricheurs nous présentent directement ou indirectement.

 

A l'occasion d'un dîner de famille, notre héros se retrouve confronté à un de ses oncles, vraisemblablement de gauche, qui lui demande ce que licencier tout en engrangeant des profits lui procure. La réponse de Gad est celle que nous font tous les banquiers et entrepreneurs du MEDEF, sans rire et en faisant mine de croire ce qu'ils disent. En revanche les arguments de son tonton, qui deviendrait bien flingueur dans ce cas, sont imparables du fait de leur totale adéquation avec la situation de crise que nous traversons ces derniers mois et pour encore quelques années. En fait nos banquiers nous trahissent trois fois, l'oncle n'emploie pas le verbe trahir mais je vais essayer d'être poli. La première fois lorsqu'ils nous prennent notre argent et l'utilise comme s'il était le leur tout en nous faisant payer les frais d'une gestion que nous ne leur demandons pas. La deuxième, lorsqu'ils perdent notre argent qu'ils demandent aux états de leur donner, pour éviter de fermer, et que l'état en question prend dans nos poches par le jeu de taxes et d'impôts prélevés à cet effet. La troisième, lorsque les états endettés auprès de ces mêmes banques, à qui ils paient de substantiels intérêts, doivent restructurer leurs économies pour pouvoir faire face à des engagements qui sont financés par les austérités que nous connaissons et qui génèrent les mises au chômage de masses énormes de salariés, d'augmentations de prix et de récessions catastrophiques pour leurs populations. Dans les trois cas, les banquiers encaissent et le public décaisse. Ils font des milliards de profit et nous nous retrouvons sur le trottoir à regarder des vitrines fermées sans comprendre ce qui s'est passé. Et nous continuons de faire confiance à ces banques, pire tous les états nous forcent à ne passer que par les banques pour faire fonctionner l'économie tout en nous contrôlant comme de vulgaires outils économiques. Petit conseil, utilisez le moins possible vos cartes de crédit, vos chéquiers, tout d'abord parce qu'ils ne vous donnent pas vraiment l'impression de dépenser, ensuite parce qu'ils montrent avec une extrême précision tout ce que vous faites et où vous allez. Prenez du cash à vos guichets et vous le dépenserez peut-être un peu plus consciemment et surtout plus intelligemment. Cela vous mettra à l'abri des intrusions de l'état comme des banquiers dans votre vie où ils n'ont rien à faire.

 

Dans ce film, une séquence m'a profondément choqué. Durant la même réunion de famille, Gad offrit à un groupe d'enfants fait de neveux, nièces, cousins, des jeux électroniques qui les enchantèrent. Nous voyons ensuite chaque enfant en train de jouer avec son jeu, silencieux et solitaire. Imaginer une dizaine d'enfants ensemble tout en étant chacun seul et vous aurez tout compris. Le message est clair et ressemble à celui que je disais à mes enfants lorsqu'ils coiffaient leurs maudits walkmans. Tous ces accessoires n'ont d'autre utilité que nous isoler, nous détacher des autres et nous éviter tout échange, tout partage.

 

Voilà comment nous avons oublié que les autres existaient, voilà comment le matérialisme ludique que nous imprégnons dans les cervelles de nos enfants les change en d'immondes égoïstes qui ne pensent qu'à eux et qui sont prêts à piétiner leurs amis pour une réussite qui leur donnera encore plus de jeux.

 

Notre solitude renforce nos abuseurs de confiance alors que notre connivence, notre complicité, notre union ne pourrait que nous renforcer nous-mêmes.

 

A bon entendeur, devenez sourd...

 

Haroun.

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